Je cherche une sobriété du désir, qui le rendrait nu et juste, fidèle alors à la fantaisie profonde de mon âme.
Je cherche une sobriété du désir, qui le rendrait nu et juste, fidèle alors à la fantaisie profonde de mon âme.
Desaccumuler les sensations
Alors distinguer ?
Vivre, peut-être
Ou respirer, la brise fragile
Desaccumuler le désir
Et finalement
Désirer vrai
Agitait sa crinière
La lionne
Gueule impassible
Au soleil
Face à son domaine
Flegme royal
Les blés autour sont blonds
Les épis gros et lourds
La terre aride sous la cagnasse
Les tiges dansent sous le vent
Du cœur des blés dorés
Seule jaillit la lumière
Intense et infinie
Le sombre n'existe pas
Et si l'on devenait jaune blé
C'est beau, jaune blé
C'est chaud, comme une tartine...
Tu l'entends ? Il crépite !
Proche des Pyrénées d'abord sur des grandes routes sinueuses à travers collines et forêts
Puis les plateaux et l'atmosphère désertique de Zaragoza
Madrid de bretelles en bretelles de périph
Les cigognes nichées de pylône électrique en pylône électrique sur quelques tronçons
Haut nid ou petit nid, mais l'allure svelte mi-gracieuse mi-maladroite avec leurs membres longs à n'en plus finir
D'immenses champs d'éoliennes à faire pâlir Don Quichotte
Puis l'approche, magnifique et sereine, d'une terre généreuse, près des pueblos de la Vera
L'Almanzor enneigé culminant sur le paysage verdoyant, à peine florissant, par-delà les étendues de chênes verts
L'atmosphère chaude de pays du sud, les oliviers, quelques palmiers et orangers
L'intimité des pueblos, des routes hors des grands axes conduisant à l'espace préservé d'une réserve naturelle, non officielle
Les terrasses ouvertes, vivantes de gens non assignés au couvre-feu à la française, où l'on partage quelques cañas
La plaza vivante, à notre arrivée à la tombée du jour ce dimanche, dans ce village de quelques centaines d'habitants ou deux bars sont ouverts
Il fait bon vivre ce soir, ici.
Avec quelle insolence le printemps s'installe !
Un an déjà de cette morosité,Après tant d'années d'amour usé, il ne restait dans son cœur que la vérité nue d'un cœur qui désire peu.
2020 ressemble déjà a 1984. Coupez l'écran du conformisme instantané svp. Nous sommes suspendus à l'information. Qu'a-t-on le droit de faire aujourd'hui ?
Je ne sais plus. Peut-on respirer ? Je voudrais te toucher aussi, mais je vais attendre. On a plus le droit. Je sais pas. Je rentre chez moi. Je vais voir si je peux continuer a te voir.
Nous ne parlons que de lui. A chaque discussion on y revient. Ça ne nous quitte plus, on y pense. Covid. Est-ce exagéré ou pas ? Sommes-nous victimes des statistiques ? Ou faisons-nous preuve de déni, devant un danger mal palpable ?
On discute autour de la mort, de l'angoisse, la culpabilité de nos comportements, l'autorité de l'état, le refus de sa toute puissance. On pIie, on se plie, voilà ce qu'on vit.
Ce n'est pas très acceptable, mais la pandémie nous assigne à la prudence et les masques scellent nos bouches.
- Il n'y a le droit que de travailler.
- La culture ?
- Bof.
- Les lieux de rencontres ?
- Ah surtout pas.
- Réunions de famille, fêtes ?
- Oh non, là c'est pas le moment.
- Bon on s'appelle un de ces jours. Et mets ton masque comme il faut s'il te plaît.
- Mais, je le porte toute la journée !
Il faut juste travailler pour maintenir l'économie. Moi, j'ai envie de te voir. De vous voir. Je préférerais ne pas risquer de me contaminer au travail et risquer un tout petit peu de me contaminer pour voir les gens que j'aime, tu comprends ?
Ca craint, je ne sais plus si je suis solidaire en maintenant ce qui fait la beauté de la vie ou en m'enfermant chez moi pour protéger nos hôpitaux déjà presque trop remplis, et les malades qui peuvent y être soignés, et les soignants qui tirent la sonnette d'alarme.
J'ai perdu la raison a force de ne plus respirer. J'étouffe et je ris, car au fond, ça ne doit pas être si grave. La vie fait son chemin, la mort aussi ; ce n'est pas un drame, n'est-ce pas ?
Écrit le 23
octobre 2020,
près d'une semaine après l'instauration du couvre-feu
à Toulouse
et une semaine avant le reconfinement.
Aux
côtés d'un banc de poissons
Mon corps flotte
Émerveillé
et transis de froid
Ils me regardent
Je les
regarde
Élégants et agiles.
Gris,
translucides,
Petite tache noire sur fond de peau
brillante,
L'œil franc
Plaqué
sur un corps à peine plus épais qu'une feuille
Drôle d'œil
rond et curieux
À la fois interrogateur et indifférent
Nous
sommes si proches...
Malgré mon poids et ma maladresse
Ils
restent là,
Confiants, sereins,
Lents, si lents,
Flottant
dans l'espace-temps des fonds marins
Univers sourd ou le son ne
claque pas.
Ils nagent doucement
Si pres de moi
Comme
si nous n'étions pas
Étrangers
Suis-je un poisson ?
Puis-je me joindre à votre ballet ?
Le 16
septembre 2020, sentier sous-marin, Banyuls sur mer