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Reine

Agitait sa crinière

La lionne

Gueule impassible

Au soleil

Face à son domaine


Flegme royal

 

Éclat

Avec quelle insolence le printemps s'installe ! 

Un an déjà de cette morosité,
Et la nature s'en fout
Programmée dans le moindre recoin de ses cellules pour exploser de plus belle en fleurs, feuilles et chants d'oiseaux.
Comme chaque année, sans etat d'âme de clamer si fort son renouveau après l'hiver qui l'avait éteinte et dénudée sans pudeur.
Insolente force de vie...



Algo de gracia


Au cœur de Séville,
Un simple hangar, grand ;
Au sol, du béton ;
Devant le bar, de longues rangées de tables, vides ;
Dehors, un jardin andalou et quelques bancs ;
Trois musiciens sont assis là.
Ce n'est pas encore l'heure.


On entre dans le hangar.
Dans sa salle qui s'étire, comme un vaste couloir,
On s'attable.
Lentement, un brouhaha s'installe, chaleureux et vivant ;
On s'agite autour des jarras de sangria.
On attend.


Les voilà, ils sont quatre,
Quatre hommes ce soir qui s'annoncent par des roulements de guitare.
« Silencio por favor ! »
Leurs notes claquent déjà dans un début de mélodie,
Leurs palmas résonnent.
Agréables préliminaires.


« Vengo de mi extremadu-u-u-u-u-u-u-u-ra »,
Perce enfin une voix,
Celle d'un homme rond, brun ; bonhomme.
« Que vengo a caba-a-a-a-a-a-a-a-a-a-llo... »
Il chante avec gravité,
Celle qui habite le flamenco, profondément.
L'attention monte.


Un jeune homme se lève,
D'à peine 30 ans ; brun, élégant.
Sur une chemise noire à pois blancs,
Manches à demi-retroussées,
Il porte un boléro noir.
Son pantalon noir sculpte sa silhouette,
Ses chaussures reluisent.
Bien cirées et noires, à talons.


Il se place maintenant ;
Il attend sur la petite estrade en bois.
Il écoute, on le regarde,
Il se concentre, on le détaille.
Expectative.


Avec grâce et puissance,
Il se lance dans la danse, impétueuse.
Le geste précis, obligé par le rythme,
Il se déchaîne.
Suspendu aux injonctions de la cadence,
Il martèle le bois.
Con sus tacones.


Les quatre hommes se regardent et se suivent, 
Dans un mouvement impeccable.
Les guitares portent,
La voix tressaille,
La danse expose.
Intimes complices de l'instant,
Les musiciens servent.


Danseur, danseur fougueux,
Ton corps est instrument.
Déploie tes postures,
Lève le menton,
Laisse la fierté habiter ton regard !
On frissonne.


À mesure qu'il se livre,
À mesure que ses gestes racontent,
On devine, on lit.
L'attitude d'hommes face à la vie,
La dignité de ceux qui ne se soumettent pas,
L'histoire intime d'un peuple, peut-être.



Le char



Amusement !
On rit on danse au pas des portes
Chaleur puissante, tous sourires
Du bon son, le camion passe

Ouaga déguisée
C'est la fête !
De la francophonie

On sort on chante on danse
Le char musical passe
Joie pure, charme à Ouaga !

Ambiguë Balance
Ouaga souffrante ?
Non, c'est la fête !
De la francophonie

La belle aubaine
Pluie inattendue...
De CFA !
Pour qui sait se placer
PILE
En-dessous le nuage

Des sous, en veux-tu
Pour refaire trottoirs
Redorer façades ?
Car les officiels viennent
C'est la Francofolie !
Il viennent balader

Plus belle
Sincère
L'image du char
Roulant dans les six-mètres
Bruit de fête
Musique tonitruante !

Plus forte
L'image des gens
Qui de ce camion de fortune
S'amusent
Qui de cette broutille festive
Font événement !

Aujourd'hui
Présentement
Poussière rouge
Au passage du char à musique
En légèreté
Juste une minute
On danse !

Tous sourires
Dans les six mètres défoncés
Nids de poule
Les poulitiques n'y passent pas ?
On sort on chante on danse
Joie pure, sourires, chaleur puissante !



Mis en forme en 2017 à partir de notes écrites
 à Ouagadougou en 2004,
 lors du Xe Sommet de la Francophonie.

Salogo

Réveil en brousse
Repos sur la natte
Creuser, planter

Aller au marché
Tchapalo, brochettes
Une fois tous les trois jours seulement !

Longues journées de tranquillité
De temps qui passe
Du temps qui se passe ensemble

Au son des balafons
Au rythme de nos pas
Les villageois chaque soir
regardent et regardent encore

Le Warba
Les étoiles
Les moustiques, aussi
La faim qui nous tenaille

Les discussions sous les arbres à palabres
Les rires, sourires et histoires


Burkina Faso, 2004

Paris affairée ?

Pour ceux qui s'affairent
peut-être
Dans la rue
ils ne courent pas tous
Ils sont assis comme partout les pauvres
Ils marchent bien doucement, les vieux
Ils vendent, les marchand ambulants,
cacahuètes grillées et maïs
On dirait même
que chacun est à son poste
                           

Va au vent



  

Pollen à tout vent va la vie
Dans ton chaos déterminé
Ton trajet tout aléatoire

Tapi sur les flots lents
Grain cotonneux du voile blanc
Couvre les eaux teintées de terre

Jolie drapée sur large fleuve
Abreuve vie au vent venu
   

Illustré par Laïla Del Moral

  

Bien au chaud à l'auberge




Avril 2015, La Gélinotte, Massif de la Belledonne - près de Grenoble.



Une belle auberge, délicieux menu des balkans et accueil généreux... alors que la nuit verse quelques flocons dehors. Le violoncelle, l'accordéon et les percus nous envoûtent, la joie et la chaleur nous enveloppent... Balinka balinka, sonnent les musiques joyeuses et nostalgiques des pays de l'est. Et, comme dans les soirées où le "duende" a décidé de mettre le nez, la soirée se prolonge sur des improvisations de jazz enjoué au piano.

Nous dormirons dans la maison du bonheur, dixit Fanny, après quelques lacets de montagne nocturnes, qui ne me plaisent pas au volant. Au matin, le bélier s'impose à la porte vitrée, il a déjoué sa barricade. Bourrique sociable, ce bélier, de surcroît.




Jeu d'enfant


- Tu joues ?
- A quoi bon.
- Allez !
- Je voudrais bien, mais je ne sais pas.
- Tu déconnes ? J'te crois pas.
- J't'assures, c'est dramatique...
                        J'aimerais tant… 
            Apprends-moi…
                             Apprends-moi s'il te plait !
-  ? 
-  ? ? ?


A-relationnel


Froide ambiance dans le wagon
Qui parlera en premier pour briser le silence ?
Êtres a-communiquants
Saurons-nous parler pour ne rien dire ?


En compagnie de Dexter



Ambiance terne et pluvieuse. A travers les vitres pleines de traces, je regarde les étudiants arrivant par vagues, que vont-ils étudier, alors que ce sont toujours les mêmes bon vieux tubes de Queen et Elton John qui passent à la radio...

Une vague de nostalgie me remplit. Je m'imagine vieille en train de rire avec un ancien amant retrouvé. Rire de la folie de nos illusions. Rire de notre goût à vivre, du goût de l'expérience que nous avons gardés intacts. La folie de nos illusions ? Des projets. Des rêves. Rêves de voyage. D'entreprises démentes. Idéaux démesurés. Aveuglement garanti dans la caverne de Platon. Quelle beauté cette innocence constamment renouvelée.

Le flot des étudiants incessant me rappelle à la grisaille, à l'observation hébétée des pigeons qui ramassent les miettes du petit déjeuner sur la terrasse du café. C'est un boui-boui : une fausse plante, une machine à café à capsules, un haut-parleur qui grésille, et sur les murs Dexter Gordon assis non loin de reine Lavazza et ses cuillères sur la tête.
La vendeuse au rire abondant emplit le lieu de voix et de vie et je l'entends déjà comme si c'était midi tonitruer au milieu de la salle remplie d'étudiants. Les conversations se mêlent entre musique, art, et histoire des langues... oui, c'est ça, entre conquêtes, sorties, exploits et cuite de la veille. Et les prochaines élections s'attablent au milieu des vacances et du mal de chien à se lever.

Silence au milieu des tables vides. De bon matin, les étudiants sont sur les bancs ; l'élégant Dexter fume sa clope, le sax posé sur son pantalon de costard ; et moi, je file.


Paix à nos âmes





Foules


balayer le trottoir
lever le rideau de fer ouvrir le magasin
enfourner les baguettes préparer les sandwiches
monter l'étalage

pointer, premier café avec les collègues
préparer ses outils, enfiler sa blouse
remplir les rayons du magasin
allumer l'ordi

premier malade au cabinet
premier appel d'urgence
premier coup de fil
première lettre à taper
première réunion
serrer la main du premier client

première livraison Perpignan à 200 km
siffler sur le quai de gare
dire bonjour aux auditeurs
faire rentrer les élèves dans la classe
distribuer son premier «métro» bonjour !

servir un café chaud en tendant le journal


Le matin


Ouvrir l'œil, voir la première lueur du jour, se retourner, refermer les yeux, se cramponner au chaud au lit.
L'arrachage au lieu du bien-être suprême, prendre les escaliers, faire pipi, mettre l'eau à chauffer, lorgner par la fenêtre, prendre la température, enfiler les bottes les yeux mi-clos, sentir le dehors tout réveillé tout jour, marcher vers le poulailler, voir les poules encore perchées alignées et leur dire bonjour et se moquer d'elles, essayer de s'occuper du café en faisant ses tartines et en surveillant l'heure, constater que la voiture est givrée et qu'il faudra être prêt 5 minutes plus tôt pour gratter, monter descendre 3 à 4 fois les escaliers parce qu'on a oublié ses clés, son sac, ses gants, son téléphone.
Démarrer, où ça. C'est où kon va ?


Alzheimer





La vieillesse en maison de retraite


...dite par les résidents dans les échanges quotidiens
« Vous savez, la vie c'est dur. C'est moche. Profitez tant que vous pouvez ».
« J'aimerais bien que ma tête soit fixée »
« Et qu'est-ce que je fais maintenant ? Qu'est-ce que je dois faire ? »
« J'ai peur », « venez », « Mammmmmaaaaaaaannnnnn !!!!!! », d'une voix tremblotante et frayeur évidente
« Qu'est-ce qu'il y a de plus dur que de perdre son enfant ? »
« Et où on va ? »
« Je ne sais plus quand est-ce que le soleil se couche. »
« Où on est ? » « Ca fait longtemps que je suis ici ? »
« Encore ! C'est toujours pareil. »
« Maintenant je n'ai même plus la force de marcher. Je n'ai plus l'équilibre. C'est pas marrant. »
« Mon dieu. Qu'on en finisse. »
Mme Untel, attente patiente, courage et persévérance. Mr Celui-là contemple en silence au balcon, pour une fois que ça lui est rendu possible.
Fatigue, courage, aigreur, gentillesse, compréhension, colère, ennui, ennui, ennui, patience, quel autre remède, besoin d'affection, d'acceptation, combat ou résignation,
le frisson de la mort fait peur, traverse le corps, la personne le sait, elle sait qu'elle part, ça peut durer, la dernière épreuve.

Février 2010


Ah t'es athée ?


Le croyant : Tu es chrétien ?
L'athée : Non.
Le croyant : Tu es musulman, donc ?
L'athée : Non ?
Le croyant : Mais alors tu es quoi ?
L'athée : Rien.
Le croyant : Tu crois pas en Dieu ?
L'athée : Non.
Le croyant : Ah ça c'est pas bon, hein. Dieu n'aime pas ça. 

Août 2005, Burkina Faso